{"id":80,"date":"2016-10-11T20:33:00","date_gmt":"2016-10-11T19:56:39","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sandrinefabbri.com\/?p=80"},"modified":"2016-11-01T20:34:58","modified_gmt":"2016-11-01T19:34:58","slug":"un-miroir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/?p=80","title":{"rendered":"Un miroir"},"content":{"rendered":"<div id=\"main\">\n<div id=\"primary\">\n<div id=\"content\">\n<article id=\"post-442\" class=\"post-442 page type-page status-publish hentry\">\n<div class=\"entry-content\">\n<p><strong><em>Chants des pays du Rh\u00f4ne<\/em>, Charles Ferdinand Ramuz, 1925<br \/>\n<\/strong>Miroir de la vie et du ciel, un grand miroir est l\u00e0, o\u00f9 je me mire.<\/p>\n<p><strong><em>Le Fanal bleu<\/em>, Colette, Hachette, 1949<\/strong><br \/>\nGen\u00e8ve, 1947<br \/>\nRevenue \u00e0 Gen\u00e8ve en 1946, j\u2019y attendis, pendant qu\u2019avril h\u00e9sitant approchait, le retour d\u2019une partie de mes forces, plut\u00f4t que celui de mon optimisme \u2013 c\u2019est la m\u00eame chose \u2013 sinon l\u2019extinction de la douleur, et aussi qu\u2019une appr\u00e9hension, presque exclusivement physique, cess\u00e2t de s\u2019opposer \u00e0 la perception de la ville et de la nation. Etais-je donc si r\u00e9duite, qu\u2019au d\u00e9but le mont d\u2019argent dur, par-del\u00e0 le L\u00e9man, ne m\u2019apparut que comme une r\u00e9plique de carte postale\u00a0? Il le faut croire, puisque le grand jet d\u2019eau, issu du lac et qui brandi, roidi, constamment y retourne, je ne le regardais que comme un jouet majestueux, un \u00e9pi, une semence \u00e9ploy\u00e9e au vent, rebelle au vent. Il le faut croire, puisqu\u2019il ne fut pas question, dans le commencement, de triompher d\u2019un \u00e9tat de d\u00e9pendance et d\u2019humilit\u00e9 devant le th\u00e9rapeute qui entreprenait de me d\u00e9fendre.<br \/>\n\u2026<br \/>\nJe n\u2019ai avanc\u00e9 que par petits bonds, si j\u2019ose \u00e9crire, dans la connaissance des facilit\u00e9s genevoises. La saison h\u00e9sitait, et d\u2019une couche o\u00f9 l\u2019on souffre on ne prend, de la vie des \u00eatres valides, qu\u2019une vue courte. Huit heures du soir voyaient la fin de mes forces, l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un plateau charg\u00e9, \u2013\u00a0 crudit\u00e9s, viande grill\u00e9e, l\u00e9gumes verts, fruits, qui ne sait par c\u0153ur le menu dit de r\u00e9gime\u00a0? \u2013 puis venait ma r\u00e9cr\u00e9ation lumineuse. Par la fen\u00eatre ouverte, emplie d\u2019un bleu qui devient peu \u00e0 peu nocturne, je vois un l\u00e9 de lac, qui refl\u00e8te un pont, des quais, et jusque pass\u00e9 minuit les enseignes multicolores, les phares, les perles \u00e9lectriques d\u00e9limitent le lac. Demain, le brouillard matinal me rendra, iris\u00e9e et quasi mouvante, la cath\u00e9drale hiss\u00e9e au-dessus des toits, et les \u00e9tranges coques de vitres qui couvrent les cours int\u00e9rieures. Demain j\u2019aurai la paisible aurore brumeuse et le tournoi d\u2019hirondelles. Le soir, j\u2019ai les drapeaux de lumi\u00e8re multicolore, qui baignent et s\u2019\u00e9tirent dans l\u2019eau. Un certain azur publicitaire glorifie l\u2019horlogerie nationale, heurte un vert d\u2019absinthe dont la friction l\u2019exalte, tandis qu\u2019un \u00e9carlate se propage jusqu\u2019au ventre en nacelle de trois cygnes, balanc\u00e9s sur leur propre reflet.<br \/>\n\u2026<br \/>\nMais nulle imitation relapse de frimas ne put surprendre ni d\u00e9courager les arbres de Jud\u00e9e, les cerisiers doubles, les lilas bleus et pourpres, en marche et t\u00eatus. Ils ont pris le d\u00e9part, fleurissent et couchent dehors. D\u2019ailleurs le d\u00e9menti \u00e0 l\u2019hiver monte, au cr\u00e9puscule, des vases paisibles et peu vann\u00e9es, dormantes au fond du lac. Le long de ma promenade d\u2019invalide, je ferme mon nez \u00e0 la fragrance flottante et douce\u00e2tre. Pas assez de sel. Au contraire, l\u2019autochtone soupire, extasi\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Ah\u00a0! cette odeur du lac\u2026 Quand je la retrouve apr\u00e8s une absence, elle me met les larmes aux yeux\u2026\u00a0\u00bb La profonde veine verte, le Rh\u00f4ne, refuse de se m\u00ealer au commun des eaux, divise avec force celles du L\u00e9man et fuit, poignard\u00e9e d\u2019or \u00e0 l\u2019heure de midi.<\/p>\n<p><strong><em>La B\u00e9ance<\/em>, Sandrine Fabbri, Editions d\u2019en bas, 2009<\/strong><br \/>\nLe fils de la boulang\u00e8re a tenu parole, ses barquettes \u00e0 la framboise ressemblent tr\u00e8s exactement \u00e0 celles de mon enfance. Dans le train, je n\u2019attends pas Z\u00fcrich pour ouvrir le carton blanc. Je l\u2019ouvre peu avant Vevey \u00e0 cet endroit o\u00f9 la beaut\u00e9 du lac L\u00e9man atteint sa perfection, perfection qui ne dure que quelques petits kilom\u00e8tres \u00e0 peine et qu\u2019on aimerait retenir lorsqu\u2019on la quitte, lorsque l\u2019on sait qu\u2019irr\u00e9m\u00e9diablement on va la perdre. L\u00e0, sur ces quelques petits kilom\u00e8tres, la nature imite les tableaux d\u2019Hodler, c\u2019est le seul endroit que j\u2019aime vraiment en Suisse romande. (\u2026)<br \/>\nMais, entre Gen\u00e8ve et Z\u00fcrich, il y a cet endroit qui commence peu avant Vevey, qui dure quelques petits kilom\u00e8tres \u00e0 peine, o\u00f9 les cimes aux neiges \u00e9ternelles se refl\u00e8tent sur la surface du lac, o\u00f9 la nature se d\u00e9double, o\u00f9 ciel et eau s\u2019unissent pour se confondre.<\/p>\n<\/div>\n<footer class=\"entry-meta\"><\/footer>\n<\/article>\n<div id=\"comments\"><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Chants des pays du Rh\u00f4ne, Charles Ferdinand Ramuz, 1925 Miroir de la vie et du ciel, un grand miroir est l\u00e0, o\u00f9 je me mire. 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