{"id":488,"date":"2017-08-21T14:20:14","date_gmt":"2017-08-21T12:20:14","guid":{"rendered":"http:\/\/sandrinefabbri.com\/?p=488"},"modified":"2017-08-21T14:20:20","modified_gmt":"2017-08-21T12:20:20","slug":"a-pale-fief-de-karadzic","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/?p=488","title":{"rendered":"\u00c0 Pale, fief de Karad\u017ei\u0107"},"content":{"rendered":"<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">\u00c0 Sarajevo, le mois de mai peut \u00eatre \u00e9touffant. L\u2019\u00e9t\u00e9 arrive sans crier gare, sans passer par le printemps. Dans cette ville encercl\u00e9e de collines, les hivers sont mordants, les \u00e9t\u00e9s \u00e9crasants malgr\u00e9 les multiples fontaines, dons des riches notables de l\u2019Empire ottoman. Aujourd\u2019hui, la chaleur est presque palpable. Il faut fuir. De pr\u00e9f\u00e9rence vers les collines. Avec Borjana, nous optons pour ce qui a toujours \u00e9t\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la guerre de 92, l\u2019excursion favorite de la r\u00e9gion\u00a0: la montagne de Jahorina. Jahorina, c\u2019est une station de ski en hiver, un lieu de promenade en \u00e9t\u00e9. Mais Jahorina surplombe Pale, ex-capitale de l\u2019ex-R\u00e9publique autoproclam\u00e9e de la Republika Srpska.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">C\u2019\u00e9tait \u00e0 Pale que s\u2019organisaient le si\u00e8ge de Sarajevo et la politique ultra-nationaliste serbe. L\u00e0 r\u00e9sidait l\u2019ancien pr\u00e9sident Radovan Karad\u017ei\u0107. Aujourd\u2019hui, devenu criminel de guerre, il est recherch\u00e9 par le Tribunal de La Haye, sa t\u00eate a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 prix par les Am\u00e9ricains. Bien prot\u00e9g\u00e9, il se planque toujours quelque part dans les vertes collines de Pale.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Borjana Cooper, longs cheveux blonds tombant jusque sur ses hanches, l\u00e8vres peintes en rose p\u00e2le, yeux ombr\u00e9s d\u2019azur, habite Paris depuis plusieurs ann\u00e9es. Comme son pr\u00e9nom l\u2019indique, elle est serbe. Serbe n\u00e9e \u00e0 Sarajevo. Son p\u00e8re est originaire de Mostar, son grand-p\u00e8re paternel, revenu riche des \u00c9tats-Unis, avait \u00e9t\u00e9 un grand propri\u00e9taire terrien. Parmi ses oncles, un ministre.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Pendant la guerre, Borjana est rest\u00e9e fid\u00e8le \u00e0 la Sarajevo multiculturelle et \u00e0 sa lutte contre l\u2019agression serbe durant le si\u00e8ge subi par la capitale d\u2019une r\u00e9publique qui avait vol\u00e9 en \u00e9clats. Cependant, elle parle aussi des malheurs subis par les Serbes. Selon elle, les grands responsables de la guerre qui a ravag\u00e9 et d\u00e9truit son pays d\u00e9chir\u00e9 sont les politiciens de tous bords. Depuis la guerre qui a mis la Bosnie \u00e0 feu et \u00e0 sang de 1992 \u00e0 1995, c\u2019est la premi\u00e8re fois que Borjana retourne dans la partie serbe. Si le conflit a \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9 par les accords de Dayton, six ans plus tard, une circulation normale dans le pays n\u2019est possible que depuis peu et n\u2019est toujours pas \u00e0 l\u2019abri d\u2019incidents. Notre voiture est immatricul\u00e9e \u00e0 Zagreb. Plut\u00f4t que de l\u2019inqui\u00e9ter, cela amuse beaucoup Borjana qui en rit. \u00catre serbe de Sarajevo, se rendre dans l\u2019ancien fief de Karad\u017ei\u0107 avec une voiture croate, en voil\u00e0 une aventure passionnant. \u00ab\u00a0Nous aurons encore plus de succ\u00e8s avec les mecs\u00a0\u00bb, l\u00e2che-t-elle, s\u00fbre d\u2019elle. \u00ab\u00a0Pourvu qu\u2019elle dise vrai\u00a0\u00bb, me dis-je en mon fort int\u00e9rieur, masquant mes appr\u00e9hensions. C\u2019est moi qui conduis.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Pour se rendre \u00e0 Pale, il faut traverser Sarajevo en longeant la Ba\u0161\u010dar\u0161ija, soit la vieille ville turque qui s\u2019\u00e9tend jusqu\u2019aux collines. Aux confins, brusquement, la route grimpe pour s\u2019enfiler dans une gorge sauvage. En quelques minutes, on est \u00e0 la fronti\u00e8re, fronti\u00e8re qui, selon les accords de Dayton, a disparu mais qui, auparavant, s\u00e9parait les Serbes de Pale et les Saraj\u00e9viens qui \u00e9taient, c\u2019est l\u00e0 qu&rsquo;on le mesure vraiment, pris en \u00e9tau. Aujourd\u2019hui, donc, tout devrait \u00eatre normal. Si ce n\u2019est que nous comprenons \u00eatre sur l\u2019ancienne fronti\u00e8re parce que s\u2019y dresse un \u00e9norme panneau en cyrillique.\u00a0<i>Republika Srpska<\/i>, lit-on. Quelques m\u00e8tres plus loin un autre panneau est cens\u00e9 indiquer Pale. Il le fait, mais ainsi: \u00ab\u00a0Srpsko Sarajevo\u00a0\u00bb, lit-on, en appr\u00e9ciant l\u2019humour serbe.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Au moment pr\u00e9cis o\u00f9 je passe la fronti\u00e8re arrive face \u00e0 moi un bus qui, clairement et volontairement, d\u00e9borde largement sur sa gauche de fa\u00e7on \u00e0 nous pousser direction le ravin. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s passent trois voitures conduites par des jeunes roulant \u00e0 tombeau ouvert. M\u00eame cin\u00e9ma d\u2019intimidation. L\u2019espace d\u2019un instant, je me demande si nous n&rsquo;avons pas fait une connerie en venant ici dans une voiture immatricul\u00e9e \u00e0 Zagreb. Je me tourne vers Borjana, qui se tait. Nous roulons en silence sur la route en train d\u2019\u00eatre asphalt\u00e9e, traversons les tunnels qui, comme partout en Bosnie, sont priv\u00e9s d\u2019\u00e9clairage. Tout \u00e0 coup, Borjana s\u2019exclame\u00a0: \u00ab\u00a0Regarde cette nature, ces d\u00e9clinaisons de vert parsem\u00e9 de cerisiers en fleur. C&rsquo;est tellement beau\u00a0!\u00a0\u00bb. Certes, tout est splendide, mais je lui fais remarquer que, pour l\u2019instant, l\u2019accueil n&rsquo;est pas tr\u00e8s amical. \u00ab\u00a0Oh, ils s\u2019amusent\u00a0!\u00a0\u00bb, r\u00e9torque Borjana. Par la suite, notre arriv\u00e9e suscitera soit la m\u00eame volont\u00e9 d\u2019intimidation, soit des signes de bienvenue. Jamais l\u2019indiff\u00e9rence.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Nous arrivons dans les faubourgs de Pale, gros bourg de campagne. \u00ab\u00a0C&rsquo;est \u00e9trange, souffle Borjana, je n\u2019arrive pas \u00e0 retrouver la maison de mon cousin. Je ne sais plus o\u00f9 elle \u00e9tait\u2026\u00a0\u00bb Plus tard, elle me raconte que son cousin a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 alors qu\u2019il \u00e9tait parti chercher de l\u2019eau \u00e0 la rivi\u00e8re. Il avait 20 ans. \u00ab\u00a0Il ne faisait rien de mal, il \u00e9tait m\u00eame bless\u00e9 \u00e0 la jambe.\u00a0\u00bb Elle ne sait pas comment il avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9, ni si, auparavant, il avait combattu du c\u00f4t\u00e9 des Serbes.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Nous quittons les faubourgs de Pale \u2013 de toute fa\u00e7on, il n\u2019y a rien \u00e0 voir \u2013 pour nous engager dans une gorge, direction Jahorina. La route est vide, si ce n\u2019est deux jeunes auto-stoppeurs. Nous les prenons. Que nous soyions \u00ab\u00a0zagr\u00e9boises\u00a0\u00bb les fait simplement rire. Tous deux sont serbes, n\u00e9s \u00e0 Sarajevo. Avec leur famille, ils ont d\u00fb quitter la capitale pour s\u2019installer \u00e0 Pale. Ils sont trop jeunes pour avoir combattu. \u00ab\u00a0Maintenant, nous sommes condamn\u00e9s \u00e0 sauter d\u2019une pierre \u00e0 l\u2019autre dans la montagne. Comme des ch\u00e8vres\u00a0\u00bb, l\u00e2che l\u2019un d\u2019eux. Ils n\u2019ont plus qu\u2019une vague image de leur enfance brutalement interrompue et \u00e9prouvent une immense tristesse de ne pas pouvoir retourner dans \u00ab\u00a0leur\u00a0\u00bb ville. Pour l\u2019heure, ils se rendent dans un chalet de famille. Nous les d\u00e9posons et nous poursuivons vers l\u2019H\u00f4tel Bistrica, o\u00f9 Borjana avait travaill\u00e9 alors qu\u2019elle \u00e9tait jeune \u00e9tudiante. Dans quel \u00e9tat allons-nous le trouver? D\u00e9truit\u00a0? Envahi par les Serbes ayant perdu leur maison\u00a0? Il se trouve \u00eatre le seul de la r\u00e9gion \u00e0 fonctionner normalement. Devant, de nombreuses voitures, dans la piscine, de nombreux baigneurs. Une normalit\u00e9 d\u00e9tonante. Plus loin se dressent d\u2019autres grands h\u00f4tels devenus aveugles, entour\u00e9s de d\u00e9tritus.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Nous entrons. Trois hommes assis dans le salon nous invitent imm\u00e9diatement \u00e0 prendre un caf\u00e9. L\u2019un d\u2019eux est Dragan Sokolovi\u0107, un chef de vente pour lequel Borjana a travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Je les laisse \u00e0 leur retrouvailles, m\u2019approche des baies vitr\u00e9es et laisse mon regard errer. Je vois des for\u00eats de pins et d\u2019\u00e9rables grecs, des remont\u00e9es m\u00e9caniques, et, plus loin, sur la montagne de Trebevi\u0107, l&rsquo;ancienne piste de bob olypique, \u00e9ventr\u00e9e. En 1984, Pale et Jahorina avaient \u00e9t\u00e9 le centre des Jeux olympiques d\u2019hiver organis\u00e9s par Sarajevo. Je rejoins le groupe. \u00ab\u00a0Nous avons des clients serbes et mont\u00e9n\u00e9grins, mais aussi de tr\u00e8s nombreux Slov\u00e8nes, commente Dragan Sokolovi\u0107. Cela fait longtemps que les Slov\u00e8nes sont sortis de notre probl\u00e8me balkanique, ils n\u2019ont pas de complexes \u00e0 venir ici. Mais, depuis quelques mois, nous avons aussi quelques Croates. Quant aux v\u00e9ritables \u00e9trangers, \u00e0 commencer par les Grecs, les Hongrois, les Autrichiens, il faudra attendre que nous puissions un peu repeindre et reconstruire, qu\u2019une solution soit trouv\u00e9e pour nos r\u00e9fugi\u00e9s\u2026 Nous avons besoin d\u2019investisseurs.\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">L\u2019ambiance \u00e9tant plut\u00f4t d\u00e9tendue et sinc\u00e8re, je me risque \u00e0 demander o\u00f9 se planque Radovan Karad\u017ei\u0107. \u00ab\u00a0Chambre 405\u00a0\u00bb, r\u00e9torque Dragan Sokolovi\u0107. Plus tard, il dira que cela ne les arrange pas que le criminel de guerre reste planqu\u00e9 Dieu sait o\u00f9 dans les environs. Evidemment, cela n\u2019aide pas \u00e0 relancer le tourisme. Dragan a un cousin appartenant \u00e0 la garde rapproch\u00e9e de l\u2019ancien psychiatre. \u00ab\u00a0Dommage qu\u2019il ne r\u00e9v\u00e8le pas sa planque, on pourrait se partager la prime promise par les Am\u00e9ricains\u00a0\u00bb, lance-t-il. Ah\u00a0! l\u2019humour serbe, toujours.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Apr\u00e8s une visite compl\u00e8te et comment\u00e9e des lieux, nous reprenons la route. Nous passons devant l\u2019H\u00f4tel Ko\u0161uta, occup\u00e9 par des r\u00e9fugi\u00e9s serbes. La lessive pend le long de fa\u00e7ades ravag\u00e9es, les d\u00e9tritus jonchent le sol, des carcasses de voiture voisinent avec de vieilles Yugo encore en \u00e9tat de marche. Des hommes et des enfants tra\u00eenent, l\u2019air de tra\u00eener comme \u00e7a depuis qu\u2019ils ont abouti dans cet abri provisoire qui dure. R\u00e9sign\u00e9s, abattus. Manifestement, ici, les pseudo-Zagr\u00e9boises ne sont pas les bienvenues. \u00ab\u00a0Ils pourraient au moins nettoyer les ordures, faire quelque chose pour leur environnement\u00a0\u00bb, commente froidement Borjana. Elle n\u2019a pas tort, mais, ici, c\u2019est une r\u00e9signation proche de la d\u00e9pression collective qui r\u00e8gne.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Abstraction faite des destructions et des r\u00e9fugi\u00e9s \u2013 mais comment faire\u00a0? \u2013, la montagne de Jahorina est une splendeur. Son sommet culmine \u00e0 2600 m\u00e8tres et domine \u00e0 perte de vue un encha\u00eenement de monts et vall\u00e9es recouverts de cette for\u00eat vert profond typique de ce qu\u2019on appelle \u00ab\u00a0les Balkans\u00a0\u00bb, soit la \u00ab\u00a0montagne\u00a0\u00bb en turc. Autour de nous, une harmonie parfaite entre nature et architecture. Les chalets sont de ravissantes constructions pointues en pierres et ardoises. Aucune verrue architecturale ne vient d\u00e9figurer le paysage, m\u00eame les grands h\u00f4tels titistes, gr\u00e2ce \u00e0 leurs couleurs et \u00e0 leurs mat\u00e9riaux, s\u2019int\u00e8grent parfaitement. Nous nous arr\u00eatons au seul restaurant ouvert, le Caffe Grill Rajska Vrata, soit\u2026 la Porte du paradis\u00a0! Tables en bois sculpt\u00e9, peaux de mouton sur les chaises, chemin\u00e9e circulaire \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur et \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur, murs recouverts d\u2019anciens tapis serbes, de vieilles lattes de ski, tout est d\u2019un go\u00fbt parfait. Les grillades au feu de bois sont succulentes et saignantes, les liqueurs maison un v\u00e9ritable nectar tir\u00e9 des baies rouge sombre qui pars\u00e8ment les for\u00eats. Au moment o\u00f9 je pense qu\u2019on a effectivement trouv\u00e9 le paradis, Borjana m\u2019apprend que nous nous trouvons dans ce qui s\u2019appelle, vraiment, la Vall\u00e9e du Paradis. Le paradis au c\u0153ur de ce qui \u00e9tait, il n\u2019y a pas si longtemps encore, le territoire de la barbarie.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Comme pour confirmer mes pens\u00e9es et nous ramener au principe de r\u00e9alit\u00e9, la fille des propri\u00e9taires s\u2019approche de nous. Elle a 6 ans et un livre en mains. Elle d\u00e9chiffre, lettre par lettre, puis mot par mot, enfin, phrase par phrase son ouvrage illustr\u00e9, sp\u00e9cialement con\u00e7u pour les enfants. Consacr\u00e9 au danger des mines anti-personnelles. Les for\u00eats, ici, sont certes parsem\u00e9es de baies et de champignons. Mais elles cachent encore nombre de pi\u00e8ges non d\u00e9samorc\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Z\u00fcrich, mai 2001<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">P.-S. En mars 2016, Radovan Karad\u017ei\u0107 a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 quarante ans de prison par le Tribunal p\u00e9nal international pour l\u2019ex-Yougoslavie de La Haye.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">Auparavant, pendant 13 ans, il s\u2019est promen\u00e9 impun\u00e9ment dans les rues de Vienne et de Belgrade sans jamais se faire rep\u00e9rer par les services secrets. Une barbe blanche qui lui mange le visage, des longs cheveux blancs ramen\u00e9s en arri\u00e8re ont suffi pour que personne ne reconnaisse le psychiatre fou de Pale, le tortionnaire de Sarajevo. Reconverti dans la m\u00e9decine alternative sous le nom de Dragan Dabi\u0107, Radovan Karad\u017ei\u0107 a tranquillement \u0153uvr\u00e9 \u00e0 soigner l\u2019humanit\u00e9 par les plantes apr\u00e8s avoir g\u00e9r\u00e9 des camps de torture. Il avait m\u00eame un site Internet. Faut-il en conclure que Radovan Karad\u017ei\u0107, po\u00e8te nationaliste \u00e0 ses heures, est un excellent com\u00e9dien ou que les services secrets l\u2019ont laiss\u00e9 courir\u00a0?<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\" style=\"text-align: center;\"><span class=\"s1\">\u00c0\u00a0Novi Beograd, Karad\u017ei\u0107 se rendait r\u00e9guli\u00e8rement dans le m\u00eame restaurant o\u00f9 il s\u2019installait immanquablement \u00e0 la m\u00eame table. Parce qu\u2019au-dessus de la table tr\u00f4nait un portrait de Karad\u017ei\u0107. Mais personne ne savait que c\u2019\u00e9tait Karad\u017ei\u0107 qui s\u2019asseyait sous Karad\u017ei\u0107. On pensait que c\u2019\u00e9tait juste un brave type aux allures de pope. Si on l\u2019avait su, on l\u2019aurait f\u00eat\u00e9 dans ce restaurant fr\u00e9quent\u00e9 par des artistes nationalistes o\u00f9 l\u2019on chante, danse le kolo et joue de la guzla. Son nom ne s\u2019invente pas\u00a0: Luda Ku\u0107a. La Maison folle. Peter Handke \u00e9tait un habitu\u00e9 des lieux.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 Sarajevo, le mois de mai peut \u00eatre \u00e9touffant. L\u2019\u00e9t\u00e9 arrive sans crier gare, sans passer par le printemps. 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