{"id":40,"date":"2016-10-14T19:42:23","date_gmt":"2016-09-29T20:15:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.sandrinefabbri.com\/?p=40"},"modified":"2018-02-22T17:02:42","modified_gmt":"2018-02-22T16:02:42","slug":"le-prisonnier-de-chillon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/?p=40","title":{"rendered":"Le prisonnier de Chillon"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le<em> Pr<\/em><em>isonnier de Chillon<\/em>, Lord Byron, 1816<\/strong><br \/>\nContre les murs de Chillon g\u00eet le lac L\u00e9man. Cent soixante-six brasses de profondeur dessous coule la masse de ses eaux r\u00e9unies: c\u2019est aussi loin que fut envoy\u00e9e la sonde, depuis les cr\u00e9neaux blanc-de-neige de Chillon, que la vague de tous c\u00f4t\u00e9s tient en captivit\u00e9. Vagues et murs avaient fait un double cachot \u2013 comme une tombe pour les vivants. La sombre vo\u00fbte dans laquelle nous gisions se trouve sur la surface du lac: nous entendions clapoter celui-ci nuit et jour; cela tapait et r\u00e9sonnait sur nos t\u00eates. J\u2019y ai senti les embruns de l\u2019hiver, quand les vents \u00e9taient forts, se projeter par les barreaux et s\u2019\u00e9battre dans le ciel joyeux. Et l\u00e0, ce sacr\u00e9 roc a remu\u00e9, et je l\u2019ai senti s\u2019\u00e9branler \u2013 sans en \u00eatre choqu\u00e9, parce que j\u2019aurais souri de voir la mort me lib\u00e9rer.<\/p>\n<p><strong><em>Le P\u00e8lerinage du chevalier Harold<\/em>, Lord Byron, 1812-1818<\/strong><br \/>\nLimpide et pacifique L\u00e9man ! ton lac tranquille, qui contraste avec le monde orageux o\u00f9 j\u2019ai v\u00e9cu, m\u2019avertit par son silence d\u2019\u00e9changer les eaux troubl\u00e9es de la terre contre un cristal plus pur. Cette barque paisible est comme une aile silencieuse sur laquelle je vais fuir le d\u00e9sespoir. Il fut un temps o\u00f9 j\u2019aimais les mugissements de la mer agit\u00e9e : mais ton suave murmure est doux \u00e0 mon oreille comme la voix d\u2019une s\u0153ur qui me reprocherait mes sombres plaisirs.<br \/>\nVoici venir la nuit silencieuse ; depuis tes bords jusqu\u2019aux montagnes, le cr\u00e9puscule jette le voile de ses molles ombres ; pourtant tous les objets se d\u00e9tachent encore distinctement \u00e0 l\u2019horizon, \u00e0 l\u2019exception du sombre Jura, dont on d\u00e9couvre \u00e0 peine les flancs escarp\u00e9s ; en approchant du rivage, on aspire le vivant parfum qui s\u2019exhale de fleurs \u00e0 peine \u00e9closes ; l\u2019oreille attentive suit le bruit l\u00e9ger de la rame, ou \u00e9coute les derniers chants du grillon.<\/p>\n<p><strong><em>M\u00e9moires d\u2019outre-tombe<\/em>, Chateaubriand, 1831<\/strong><br \/>\nPendant mes promenades en bateau, un vieux rameur me raconte ce que faisait lord Byron, dont on aper\u00e7oit la demeure sur la rive savoyarde du lac. Le noble pair attendait qu\u2019une temp\u00eate s\u2019\u00e9lev\u00e2t pour naviguer ; du bord de sa balancelle, il se jetait \u00e0 la nage et allait au milieu du vent aborder aux prisons f\u00e9odales de Bonivar : c\u2019\u00e9tait toujours l\u2019acteur et le po\u00ebte. Je ne suis pas si original ; j\u2019aime aussi les orages ; mais mes amours avec eux sont secrets, et je n\u2019en fais pas confidence aux bateliers.<\/p>\n<p><strong><em>Impressions de voyage en Suisse du Mont Blanc \u00e0 Berne<\/em>, Alexandre Dumas, 1832<\/strong><br \/>\nA l\u2019article de Gen\u00e8ve, nous avons parl\u00e9 de Bonnivard et de Berthelier. Le premier avait dit un jour que, pour l\u2019affranchissement de son pays, il donnerait sa libert\u00e9, le second r\u00e9pondit qu\u2019il donnerait sa vie. Ce double engagement fut entendu, et, lorsque les bourreaux vinrent en r\u00e9clamer l\u2019accomplissement, ils les trouv\u00e8rent pr\u00eats tous deux \u00e0 l\u2019accomplir. Berthelier marcha \u00e0 l\u2019\u00e9chafaud. Bonnivard, transport\u00e9 \u00e0 Chillon, y trouva une captivit\u00e9 affreuse. Li\u00e9 par le milieu du corps \u00e0 une cha\u00eene dont l\u2019autre bout allait rejoindre un anneau de fer scell\u00e9 dans un pilier, il resta ainsi six ans, n\u2019ayant de libert\u00e9 que la longueur de cette cha\u00eene, ne pouvant se coucher que l\u00e0 o\u00f9 elle lui permettait de s\u2019\u00e9tendre, tournant toujours comme une b\u00eate fauve autour de son pilier, creusant le pav\u00e9 avec sa marche forc\u00e9ment r\u00e9guli\u00e8re, rong\u00e9 par cette pens\u00e9e que sa captivit\u00e9 ne servait peut-\u00eatre en rien \u00e0 l\u2019affranchissement de son pays, et que Gen\u00e8ve et lui \u00e9taient vou\u00e9s \u00e0 des fers \u00e9ternels. Comment, dans cette longue nuit, que nul jour ne venait interrompre, dont le silence n\u2019\u00e9tait troubl\u00e9 que par le bruit des flots du lac battant les murs du cachot, \u00f4 mon Dieu! la pens\u00e9e n\u2019a-t-elle pas tu\u00e9 la mati\u00e8re, ou la mati\u00e8re la pens\u00e9e? comment, un matin, le ge\u00f4lier ne trouva-t-il pas son prisonnier mort ou fou, quand une seule id\u00e9e, une id\u00e9e \u00e9ternelle devait lui briser le c\u0153ur et lui dess\u00e9cher le cerveau? Et pendant ce temps, pendant six ans, pendant cette \u00e9ternit\u00e9, pas un cri, pas une plainte, dirent ses ge\u00f4liers, except\u00e9 sans doute quand le ciel d\u00e9cha\u00eenait l\u2019orage, quand la temp\u00eate soulevait les flots, quand la pluie et le vent fouettaient les murs; car alors, vous seul, \u00f4 mon Dieu! vous pouviez distinguer ses cris et ses sanglots; et ses ge\u00f4liers, qui n\u2019avaient pas joui de son d\u00e9sespoir, le retrouvaient le lendemain calme et r\u00e9sign\u00e9, car la temp\u00eate alors s\u2019\u00e9tait calm\u00e9e dans son\u00a0c\u0153ur comme dans la nature. Oh! sans cela, sans cela, ne se serait-il pas bris\u00e9 la t\u00eate \u00e0 son pilier? ne se serait-il pas \u00e9trangl\u00e9 avec sa cha\u00eene? aurait-il attendu le jour o\u00f9 l\u2019on entra en tumulte dans sa prison, et o\u00f9 cent voix lui dirent \u00e0 la fois:<br \/>\n\u2013 Bonnivard, tu es libre!<br \/>\n\u2013 Et Gen\u00e8ve?<br \/>\n\u2013 Libre!<br \/>\nDepuis lors, la prison du martyr est devenue un temple, et son pilier un autel. Tout ce qui a un\u00a0c\u0153ur noble et amoureux de la libert\u00e9 se d\u00e9tourne de sa route et vient prier l\u00e0 o\u00f9 il a souffert. On se fait conduire droit \u00e0 la colonne o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 si longtemps encha\u00een\u00e9; on cherche sur sa surface granitique, o\u00f9 chacun veut inscrire un nom, les caract\u00e8res qu\u2019il y a grav\u00e9s; on se courbe vers la dalle creus\u00e9e pour y trouver la trace de ses pas; on se cramponne \u00e0 l\u2019anneau auquel il \u00e9tait attach\u00e9, pour \u00e9prouver s\u2019il est solidement scell\u00e9 encore avec son ciment de huit si\u00e8cles; toute autre id\u00e9e se perd dans cette id\u00e9e: c\u2019est ici qu\u2019il est rest\u00e9 encha\u00een\u00e9 six ans\u2026 six ans, c\u2019est-\u00e0-dire la neuvi\u00e8me partie de la vie d\u2019un homme.<br \/>\nUn soir, c\u2019\u00e9tait en 1816, par une de ces belles nuits qu\u2019on croirait que Dieu a faites pour la Suisse seule, une barque s\u2019avan\u00e7a silencieusement, laissant derri\u00e8re elle un sillage brillant\u00e9 par les rayons bris\u00e9s de la lune : elle cinglait vers les murs blanch\u00e2tres du ch\u00e2teau de Chillon, et toucha au rivage sans secousse, sans bruit, comme un cygne qui aborde ; il en descendit un homme au teint p\u00e2le, aux yeux per\u00e7ants, au front d\u00e9couvert et hautain ; il \u00e9tait envelopp\u00e9 d\u2019un grand manteau noir qui cachait ses pieds, et cependant on s\u2019apercevait qu\u2019il boitait l\u00e9g\u00e8rement. Il demanda \u00e0 voir le cachot de Bonnivard ; il y resta seul et longtemps, et, lorsqu\u2019on rentra apr\u00e8s lui dans le souterrain, on trouva, sur le pilier m\u00eame auquel avait \u00e9t\u00e9 encha\u00een\u00e9 le martyr, un nouveau nom : Byron.<\/p>\n<p><strong><em>Vevey, Chillon, Lausanne<\/em><\/strong><strong>, Victor Hugo, 1839, lettre reprise dans<em> Voyages en Suisse,<\/em><\/strong><strong> l\u2019Age d\u2019Homme, 1982<\/strong><br \/>\nCe matin je suis all\u00e9 \u00e0 Chillon par un admirable soleil. Le chemin court entre les vignes au bord du lac. Le vent faisait du L\u00e9man une immense moire bleue\u00a0; les voiles blanches \u00e9tincelaient. Au bas de la route, les mouettes s\u2019accostaient gracieusement sur les roches \u00e0 fleur d\u2019eau. Vers Gen\u00e8ve l\u2019horizon imitait l\u2019Oc\u00e9an.<br \/>\n\u2026<br \/>\nC\u2019est le cinqui\u00e8me de ces compartiments que Bonivard a rendu c\u00e9l\u00e8bre. Il ne reste plus de son cachot que le pilier, de la cha\u00eene de son cou qu\u2019un trou dans la pierre. L\u2019anneau de cette cha\u00eene a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9. Je suis rest\u00e9 longtemps comme riv\u00e9 moi-m\u00eame \u00e0 ce pilier autour duquel ce libre penseur a tourn\u00e9 pendant six ans comme une b\u00eate fauve. Il ne pouvait se coucher \u2013 sur le roc \u2013 qu\u2019\u00e0 grand\u2019peine et sans pouvoir allonger ses membres. Il n\u2019avait en effet d\u2019autres distractions que les distractions des b\u00eates fauves renferm\u00e9es. Il usait le bas du pilier avec son talon. J\u2019ai mis ma main dans le trou qu\u2019il a fait ainsi. Et il marquait, en l\u2019usant de m\u00eame avec le pied, la saillie de granit o\u00f9 sa cha\u00eene lui permettait d\u2019atteindre. Pour tout horizon il avait la hideuse muraille de roc vif oppos\u00e9e au mur qui trempe dans le lac. \u2013 Voil\u00e0 dans quelles cages on mettait la pens\u00e9e en 1530.<br \/>\nLe premier des cinq compartiments ne m\u2019a pas moins int\u00e9ress\u00e9 que le cinqui\u00e8me. Dans le cachot de Bonivard il y a eu l\u2019intelligence, dans celui-ci il y a eu le d\u00e9vouement. Un jeune homme de Gen\u00e8ve, nomm\u00e9 Michel Coti\u00e9, avait pour le prieur de Saint-Victor un attachement m\u00eal\u00e9 d\u2019admiration. Quand il sut Bonivard \u00e0 Chillon, il voulut le sauver. Il connaissait le ch\u00e2teau de Chillon pour y avoir servi\u00a0; il s\u2019y introduisit de nouveau et s\u2019y fit donner je ne sais quelle besogne domestique. Quelque imprudence le trahit\u00a0; il fut pris essayant de communiquer avec Bonivard. On le traita en espion et on le mit dans un cachot (le premier \u00e0 droite en entrant). On l\u2019aurait bien pendu, mais le duc de Savoie voulait des aveux qui compromissent Bonivard. Coti\u00e9 r\u00e9sista vaillamment \u00e0 la torture. Une nuit, il tenta de s\u2019\u00e9chapper\u00a0; il scia sa cha\u00eene et per\u00e7a son mur avec un clou, il grimpa jusqu\u2019\u00e0 un des soupiraux et arracha une barre de fer. L\u00e0 il se crut sauv\u00e9. La nuit \u00e9tait tr\u00e8s noire\u00a0; il se jeta dans le lac\u00a0; il n\u2019avait s\u00e9journ\u00e9 au ch\u00e2teau que l\u2019\u00e9t\u00e9, et il avait remarqu\u00e9 que l\u2019eau du lac montait \u00e0 quelques pieds au-dessous des soupiraux\u00a0; mais c\u2019\u00e9tait l\u2019hiver\u00a0; en hiver, il n\u2019y a plus de fontes de neige, l\u2019eau du lac baisse et laisse \u00e0 d\u00e9couvert les rochers dans lesquels est enracin\u00e9 Chillon\u00a0; il ne les vit pas et s\u2019y brisa. \u2013 Voil\u00e0 l\u2019histoire de Coti\u00e9.<br \/>\nRien ne reste de lui que quelques dessins charbonn\u00e9s sur le mur. Ce sont des figures demi-nature qui ne manquent pas d\u2019un certain style\u00a0; un <em>Christ<\/em> en croix presque effac\u00e9, une <em>Sainte \u00e0 genoux<\/em> avec sa l\u00e9gende autour de sa t\u00eate en caract\u00e8res gothiques, un Saint Christophe (que j\u2019ai copi\u00e9\u00a0; vous savez ma manie) et un <em>Saint Joseph<\/em>. L\u2019aventure de Coti\u00e9 d\u00e9ment, \u00e0 mon grand regret, la tradition <em>Christofori faciem<\/em>, etc. Son <em>Saint Christophe<\/em> ne l\u2019a pas sauv\u00e9 de mort violente.<br \/>\nLe soupirail par o\u00f9 Michel Cotti\u00e9 s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 fait face au troisi\u00e8me pilier. C\u2019est sur ce pilier que Byron a \u00e9crit son nom avec un vieux poin\u00e7on \u00e0 manche d\u2019ivoire, trouv\u00e9, en 1536, dans la chambre du duc de Savoie, par les Bernois qui d\u00e9livr\u00e8rent Bonivard. Ce nom Byron, grav\u00e9 sur la colonne de granit en grandes lettres un peu inclin\u00e9es, jette un rayonnement \u00e9trange dans le cachot.<br \/>\nIl \u00e9tait midi, j\u2019\u00e9tais encore dans la crypte, je dessinais le Saint Christophe\u00a0; je l\u00e8ve les yeux par hasard, la vo\u00fbte \u00e9tait bleue. \u2013 Le ph\u00e9nom\u00e8ne de la grotte d\u2019Azur s\u2019accomplit dans le souterrain de Chillon, et le lac de Gen\u00e8ve n\u2019y r\u00e9ussit pas moins bien que la M\u00e9diterran\u00e9e. Vous le voyez, Louis, la nature n\u2019oublie personne\u00a0; elle n\u2019oublierait pas Bonivard dans sa basse-fosse. A midi, elle changeait le souterrain en palais\u00a0; elle tendait toute la vo\u00fbte de cette splendide moire bleue dont je vous parlais tout \u00e0 l\u2019heure, et le L\u00e9man plafonnait le cachot.<\/p>\n<p><strong><em>Suite suisse<\/em>, H\u00e9l\u00e8ne Bessette, Gallimard, 1965<br \/>\n<\/strong>Du Palace aux plantes vertes aux tapis aux battements secrets je passe brutalement \u00e0 l\u2019asile de la nuit.<br \/>\nO\u00f9 suis-je?<br \/>\nMoscou? P\u00e9kin? Tokyo?<br \/>\nNon: Lausanne. Les Alpes vaudoises. Voyons. Les Alpes vaudoises.<br \/>\nSur les bords du L\u00e9man.<br \/>\nL\u2019irr\u00e9sistible L\u00e9man.<br \/>\nJuste la tombe. Bon Dieu quand est-ce qu\u2019ils auront fini avec leur lac?<br \/>\nEt Byron. Et Chillon. Et ceci. Et cela.<br \/>\nIls me rendent malade.<br \/>\nJe pleure. A moins que ce soit la fum\u00e9e de mon allumette.<br \/>\nLa flamme claire de ma petite bougie branlante.<br \/>\nD\u2019arbre de No\u00ebl sans gaiet\u00e9. Sans joie. Sans cadeau.<br \/>\nC\u2019est le buffet de la gare.<br \/>\nLe Palace?<\/p>\n<p><strong><em>Chambre 204<\/em>, Sandrine Fabbri, in <em>L\u00e9man noir<\/em>, bsn press, 2012<br \/>\n<\/strong>Il pense \u00e0 Lord Byron se jetant dans les tumultes du L\u00e9man par des nuits de temp\u00eate et nageant vers le prisonnier de Chillon qui n\u2019y \u00e9tait plus. Et si lui aussi plongeait non pour trouver la paix mais pour rejoindre le ch\u00e2teau de Chillon. Peut-\u00eatre que l\u2019eau froide \u00e9claircirait son cerveau embrum\u00e9, calmerait sa douleur lancinante, raviverait ses souvenirs estomp\u00e9s.<br \/>\n\u2026<br \/>\nLorsque l\u2019on cesse de d\u00e9sirer, on ne voit plus l\u2019\u00e9toile, seule reste l\u2019absence. Il est sid\u00e9r\u00e9. Prisonnier de sa douleur comme Bonivard l\u2019\u00e9tait dans les ge\u00f4les de Chillon, encha\u00een\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019un caveau obscur et moisi, plong\u00e9 loin au-dessous de la surface des eaux du lac, seule la mort pouvait lui apporter la libert\u00e9 pour laquelle il avait tant lutt\u00e9, les vers de Byron tournent dans sa t\u00eate.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.louiseannebouchard.ch\/bienvenue\/\" target=\"_blank\"><strong><em>S\u2019il y a un criminel \u00e0 pointer du doigt, c\u2019est le lac<\/em>, Louise Anne Bouchard, in\u00a0<em>L\u00e9man noir<\/em>, bsn press, 2012<\/strong><\/a><br \/>\n\u00ab\u00a0S\u2019il y a un criminel \u00e0 pointer du doigt, c\u2019est le lac.\u00a0\u00bb<br \/>\nPeut-\u00eatre Chillon, aussi, cette autre diablerie concoct\u00e9e par le L\u00e9man.<br \/>\nLe voir se dresser chaque matin \u00e0 l\u2019aube, cet effet troublant du ch\u00e2teau m\u00e9di\u00e9val dans les brumes argentiques des matins de toutes saisons. Ces pierres humides en contraste avec le bronze solide de Freddy Mercury \u00e0 quelques m\u00e8tres de l\u00e0, le poing lev\u00e9, les hanches en angle dans la lumi\u00e8re du jour, sa voix qu\u2019on croit entendre <em>Is this the real life \/ Is this just fantasy \/ Mama oh Mama, I don\u2019t want to die<\/em>. Ses braillements majestueux, mythiques. Mais aussi tout ce qu\u2019il y avait dans ce lac, toutes ces histoires qui venaient rouler sous la coque du bateau qui filait \u00e0 un rythme r\u00e9gulier. Qu\u2019avait-on offert \u00e0 Bonivard, captif pendant six ans \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des murs humides de la prison de Chillon? Un morceau de boeuf brais\u00e9? L\u2019entrejambe d\u2019une courtisane? Un \u00e9ph\u00e8be? Un idiot qui lui montrait sa bouche \u00e9dent\u00e9e demandant s\u2019il pouvait l\u2019embrasser? Combien de prisonniers de Chillon avaient p\u00e9ri dans ce lac devenu un endroit touristique? Combien d\u2019enfants sauvageons \u00e9lev\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re ou dans l\u2019ombre de Chillon \u00e9taient morts noy\u00e9s apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 abus\u00e9s, jet\u00e9s \u00e0 l\u2019eau, \u00e9vitant au tortionnaire d\u2019\u00eatre pendu haut et court? Combien, ici, sous ce bateau?<br \/>\n\u00c0 ce point pr\u00e9cis entre deux rives, mille et un petits destins venaient \u00e9clater \u00e0 la surface.<br \/>\nLes bulles assemblaient puis disloquaient des visages anciens.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Prisonnier de Chillon, Lord Byron, 1816 Contre les murs de Chillon g\u00eet le lac L\u00e9man. Cent soixante-six brasses de profondeur dessous coule la masse de ses eaux r\u00e9unies: c\u2019est<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/sandrinefabbri.com\/?p=40\"> \u2026 <span>(&#8239;Lire&#160;la&#160;suite&#8239;)<\/span>&#160;\u2192<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":481,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-40","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-leman","grid-item","col-1-2"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/40","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=40"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/40\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":706,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/40\/revisions\/706"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/481"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=40"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=40"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sandrinefabbri.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=40"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}